Ile-de-France, Sécurité, Seine-Saint-Denis

Les conditions de travail des Sapeurs-Pompiers de Paris

30 octobre, 2009 à 11:19 | Posté par

 A l’occasion du 116ème congrès des pom­piers qui s’est tenu à Saint-Etienne les 15 et 16 octo­bre 2009, Chris­to­phe Cor­ne­vin a signé, dans le jour­nal « Le Figaro », deux arti­cles sur les condi­tions de tra­vail des pom­piers en ban­lieue. Ces arti­cles nous ont inci­tés à creu­ser le sujet.

Dans son avis n° 104 (2008–2009), fait au nom de la com­mis­sion des lois, déposé le 20 novem­bre 2008, dans le cadre du pro­jet de loi de finance 2009, la séna­trice  Cathe­rine TROENDLE avait rendu compte de la visite à l’état-major de la Bri­gade des Sapeurs-Pom­piers de Paris effec­tuée en com­pa­gnie de ses col­lè­gues séna­teurs Chris­to­phe-André Frassa et Jean-Claude Pey­ron­net.

Ce rap­port com­pre­nait une pré­sen­ta­tion de la BSPP dis­po­ni­ble ici, et dont voici quel­ques extraits:

La BSPP est aujourd’hui une unité mili­taire de sapeurs-pom­piers de l’armée de terre appar­te­nant à l’arme du Génie et rat­ta­chée à la région terre Ile-de-France. Pla­cée pour emploi sous l’autorité du pré­fet de police de Paris, elle est com­man­dée par un offi­cier géné­ral (aujourd’hui le géné­ral Prieur).

Sa ges­tion est assu­rée dans le cadre du bud­get spé­cial de la pré­fec­ture de police.

L’Etat (pour 1/4) la ville de Paris, les dépar­te­ments des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, ainsi que les com­mu­nes de ces dépar­te­ments (pour 3/4) par­ti­ci­pent au finan­ce­ment de la Bri­gade.

Le bud­get de la Bri­gade est de 300 mil­lions d’euros envi­ron.

Mais, comme le sou­li­gnait un rap­port de l’inspection géné­rale de l’administration en 2000, ces règles, qui font dépen­dre la contri­bu­tion des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­ria­les concer­nées de celle de l’Etat, ne sont plus tout à fait adap­tées puisqu’elles ne per­met­tent pas aux col­lec­ti­vi­tés qui sou­hai­te­raient aug­men­ter leur par­ti­ci­pa­tion de le faire lors­que celle de l’Etat dimi­nue. …

A cet égard, il a été fait men­tion devant votre rap­por­teur pour avis de l’état de déla­bre­ment de cer­tains cen­tres d’incendie et de secours de la BSPP (Sèvres) et de l’impossibilité pour le conseil géné­ral et les com­mu­nes concer­nées des Hauts-de-Seine de se sub­sti­tuer à l’Etat pour effec­tuer les répa­ra­tions néces­sai­res.

Le rap­port séna­to­rial se pour­sui­vait par un para­gra­phe inti­tulé « les défis de la BSPP », acces­si­ble ici, qui fai­sait un bilan du plan de rat­tra­page des capa­ci­tés opé­ra­tion­nel­les mis en oeu­vre entre 2002 et 2007, afin de faire face à une acti­vité glo­bale en hausse de 70% sur 15 ans et de 273% sur la même période, pour le secours aux per­son­nes.

Il a per­mis le recru­te­ment de 725 sapeurs-pom­piers. Ce fai­sant, il a per­mis de bais­ser les ten­sions consta­tées sur le rythme de tra­vail.

Il a aussi garanti la remise à niveau du nom­bre de loge­ments mis à dis­po­si­tion (762 loge­ments en ville et 1.568 en caserne contre 477 et 1.455 en 2000). A l’heure actuelle, tous les cadres et les sapeurs-pom­piers dont les com­pé­ten­ces impli­quent un loge­ment pour néces­sité de ser­vice peu­vent en béné­fi­cier (30,7 % des effec­tifs).

Le rap­port séna­to­rial four­nis­sait ensuite des infor­ma­tions sur les moda­li­tés du tra­vail et de car­rière des sapeurs-pom­piers de Paris:

Les sapeurs-pom­piers de Paris sont au tra­vail 150 jours par an. Les pério­des de garde sont de 48 h ou de 72 h (à la dif­fé­rence des SDIS –NDLR: Ser­vice Dépar­te­men­tal d’Incendie et de Secours- où l’application de la légis­la­tion sur l’aménagement et la réduc­tion du temps de tra­vail a amené des sys­tè­mes de garde de 24 h dont 16 h de tra­vail effec­tif).

Ainsi, le temps de tra­vail des sapeurs-pom­piers de Paris est en moyenne de 3.320 heu­res par an contre 2.880 heu­res dans les SDIS de pre­mière caté­go­rie.

En outre, lorsqu’ils ne sont pas de garde et qu’ils ne « déca­lent » pas (=qu’ils ne sont pas en mis­sion opé­ra­tion­nelle), les sapeurs-pom­piers de Paris doi­vent d’une part, conti­nuer à se for­mer (2 h par jour de garde et 2 h quo­ti­dien­nes d’entraînement spor­tif) aux ris­ques spé­ci­fi­ques de leur zone d’intervention (par exem­ple aux mis­sions dans des immeu­bles de grande hau­teur ou dans des gale­ries sou­ter­rai­nes, les sapeurs-pom­piers de Paris étant, par défi­ni­tion, des sapeurs-pom­piers « urbains »).

D’autre part, ils contri­buent à la vie de leur caserne (cui­sine, comp­ta­bi­lité, entre­tien du maté­riel…).

Les sapeurs-pom­piers de Paris sont jeu­nes (moyenne d’âge de 28 ans contre 38 ans en moyenne dans les SDIS). Cette jeu­nesse des effec­tifs va de pair avec une mobi­lité impor­tante qui est encou­ra­gée par le sta­tut31. Le temps moyen de ser­vice est de 7 ans à la Bri­gade. Cette der­nière, pour des rai­sons opé­ra­tion­nel­les, sou­hai­te­rait aug­men­ter d’un an la durée moyenne d’engagement.

Les sapeurs-pom­piers, la plu­part du temps issus d’autres régions que l’Ile-de-France (« pom­piers TGV »)32, conti­nuent sou­vent à y habi­ter et à y ser­vir en tant que sapeurs-pom­piers volon­tai­res.

31 Les sapeurs-pom­piers s’engagent par des contrats d’une durée de cinq ans renou­ve­la­bles cinq fois au maxi­mum.

32 La BSPP cible ses recru­te­ments dans les régions voi­si­nes des arrêts TGV car à l’exception de ses cadres, les sapeurs-pom­piers ne sont pas logés en caserne à Paris et vivent le plus sou­vent hors de l’Ile-de-France. Ils béné­fi­cient d’une réduc­tion de 75 % sur les billets de train mais ce poste trans­port consti­tue une dépense impor­tante pour les sapeurs-pom­piers dont le salaire moyen est de 1.500 euros par mois.

L’augmentation du nom­bre d’interventions –4 mil­lions en 2007- et notam­ment le quart d’entre elles décou­lant d’appels abu­sifs, a été com­men­tée en octo­bre 2008 par un porte-parole de la Bri­gade des Sapeurs-Pom­piers de Paris, dans un arti­cle du jour­nal « Le Figaro », acces­si­ble ici, et dont voici un extrait:

Sans par­tir du prin­cipe que les gens sont mal­hon­nê­tes à tout prix, nous devons faire face à une véri­ta­ble dérive … De plus en plus, le Pari­sien — mais aussi l’habitant des gran­des métro­po­les — consi­dère que nous fai­sons par­tie d’un ser­vice public gra­tuit et inépui­sa­ble.

Les inter­ven­tions injus­ti­fiées peu­vent mal­heu­reu­se­ment retar­der les secours à des détres­ses vita­les. Cette situa­tion a conduit à deman­der au Conseil de Paris d’étudier la pos­si­bi­lité, comme pour les secours en mon­ta­gne, de fac­tu­rer les inter­ven­tions injus­ti­fiées aux per­son­nes qui les auraient deman­dées. Aucun ser­vice public n’est gra­tuit et inépui­sa­ble et sur­tout pas celui de la Sécu­rité Civile qui repose sur le dévoue­ment et le cou­rage des hom­mes et fem­mes qui l’assurent.

Nous revien­drons ulté­rieu­re­ment sur les arti­cles publiés récem­ment par « Le Figaro », dont un repor­tage à la caserne d’Aulnay-sous-Bois.

Jean-Marc Engel­vin

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