Amiante

CMMP : Les associations dénoncent le piétinement de la loi « pollueur-payeur »

30 septembre, 2009 à 17:23 | Posté par Hervé Suaudeau

Gérard Voide, pré­sident du col­lec­tif des vic­times et rive­rains du de l’usine d’amiante d’Aulnay, est passé hier soir en direct à France 3 pour dénon­cer la non appli­ca­tion de la loi « pollueur-payeur ». Dans un point de la situa­tion qu’il publie à cette occa­sion (voir ci-dessous), il se réjouit de la très grande vic­toire qu’est la réa­li­sa­tion de ce chan­tier de dépol­lu­tion mais dénonce la double peine des vic­times de l’usine-poison, à la fois en tant que vic­time médi­cale mais aussi comme contri­buables puisque le CMMP ne paiera que 5% de la fac­ture. Gérard voide rap­pelle au pas­sage toute la mau­vaise foi à laquelle les asso­cia­tions se sont heur­tées dans leur com­bat.

CMMP d’Aulnay (point de la situa­tion en Sep­tembre 2009)

La réa­li­sa­tion du chan­tier est une très grande vic­toire qu’il faut appré­cier à sa juste valeur. C’est la démons­tra­tion que lorsque les citoyens se regroupent, aidés des spé­cia­listes, scien­ti­fiques, asso­cia­tions, élus, etc …, la vic­toire est pos­sible. Ce que nous avons obtenu, c’est l’application de la loi. Pas moins de 4 ans d’interventions achar­nées auprès de Pré­fet, Maire (l’ancien) et les orga­nismes offi­ciels tels STIIIC, ADEME, BRGM, Minis­tères, Ins­pec­tion du Tra­vail, CRAMIF. Tous, sauf l’Inspection du Tra­vail et la CRAMIF que nous avons réussi à convaincre, accep­taient le chan­tier à ciel ouvert. Ce chan­tier aurait été une véri­table catas­trophe engen­drant les nou­veaux malades des pro­chaines décen­nies.

N’est-ce pas un comble que de se battre pour faire appli­quer la loi auprès d’organismes qui sont là jus­te­ment pour la faire appli­quer ! « L’enveloppe totale et étanche à l’air et à l’eau et sous dépres­sion atmo­sphé­rique autour des bâti­ments à démo­lir », telle qu’aucune fibre ne puisse s’échapper n’est que l’application des règles tech­niques pour le retrait d’amiante (arrêté du 14 Mai 1996).

Jusqu’au mois de Juillet, les asso­cia­tions crai­gnaient la remise en cause de cette enve­loppe. Le chan­tier ne pou­vait réel­le­ment com­men­cer dans sa phase retrait d’amiante qu’avec l’accord du CMMP, l’ancien indus­triel pol­lueur à qui revient, au regard de la loi, la res­pon­sa­bi­lité de dépol­luer. Cet accord a été signé en Juillet avec la béné­dic­tion de la Pré­fec­ture mais la deuxième par­tie de la loi « pollueur-payeur » est bafouée. Le CMMP ne payera, semble-t-il, que 5 % de la fac­ture alors qu’elle lui revient entiè­re­ment selon le code de l’environnement : « remettre les lieux en l’état, tel qu’aucun dan­ger s’y mani­feste » ! Si cette situa­tion reste en l’état, ce sont les contri­buables qui paie­ront. Les vic­times, elles, subi­ront la double peine : après avoir payé dans leur chair, voire de leur vie, la pol­lu­tion, elles paie­ront, elles ou leurs familles, la dépol­lu­tion !

Ajou­tons que :

  • le niveau de pol­lu­tion du sol et du sous-sol reste à ce jour encore une grande incon­nue qui pour­rait venir s’ajouter au coût pré­vi­sion­nel sans chan­ger la fac­ture du pol­lueur

  • que le CMMP n’a tou­jours pas remis les résul­tats des 70 pré­lè­ve­ments dans le sol pris lors de l’arrêt de chan­tier de Novembre 2006 à la suite de l’intervention de rive­rains et les asso­cia­tions

  • que l’existence de fosses enter­rant les broyeurs n’a pas été éluci­dée

Courrier de la préfecture niant aussi la présence d'amiante

Cour­rier de la pré­fec­ture niant aussi la pré­sence d’amiante

Courrier du CMMP niant la présence d'amiante

Cour­rier du CMMP niant la pré­sence d’amiante

Le CMMP pol­lueur a menti (voir sa lettre du 21/12/1995), la pré­fec­ture a relayé le men­songe (sa lettre du 07/03/1996) ; ils ont ensuite mini­misé la pol­lu­tion. Ce sont les études deman­dées par les asso­cia­tions qui ont révélé jusqu’à 5 600 000 fibres par cen­ti­mètre carré dépo­sées sur les char­pentes.

Lorsque l’on voit les mesures de sécu­rité prises aujourd’hui sur le chan­tier par les pro­fes­sion­nels, on mesure l’étendue du men­songe et l’irresponsabilité des auto­ri­tés :

  • de 1991 à 2001, le site était ouvert aux 4 vents, des enfants en avaient fait leur ter­rain de jeux. C’est l’intervention des asso­cia­tions qui a réussi à le faire clô­tu­rer.

  • En 2004, le « diag­nos­ti­queur » amiante aler­tait Pré­fet et ancien Maire sur l’imminence du dan­ger ; aucune mesure de pro­tec­tion pro­vi­soire n’a été prise

  • Il a fallu la chute d’éléments dégra­dés du toit dans la rue du Tri­anon (cette chute aurait très bien pu se pro­duire dans la cour de l’école mater­nelle) pour que l’école soit enfin évacuée, après nos lettres recom­man­dées au Pré­fet et à l’ancien Maire en 2006.

Dans cette affaire, les asso­cia­tions se sont heur­tées à beau­coup de mau­vaise foi, d’où la satis­fac­tion de voir se réa­li­ser un chan­tier modèle où tout ce qui n’était tech­ni­que­ment pas pos­sible en réunion en Pré­fec­ture le devient. C’était le cas des soi-disant fra­gi­lité de l’enveloppe et obs­tacle des pavillons mitoyens, impos­si­bi­lité d’utiliser des engins à moteur ther­mique, de tra­vailler au mouillé, d’utiliser l’adduction d’air pour les sca­phandres et de tra­vailler en hau­teur, etc …

Devant ce chan­tier, ma pen­sée va vers les vic­times recen­sées par les asso­cia­tions (83 malades dont 52 décès) — aucune par les auto­ri­tés. Com­bien d’autres ? C’est notre pro­chaine lutte : obte­nir du Minis­tère de la Santé la recherche des vic­times pas­sées, pré­sentes et à venir. Mon­sieur le Maire nous a pro­mis l’aide de la ville.

Gérard Voide,

Col­lec­tif des vic­times et rive­rains du CMMP d’Aulnay, Orly le 21/09/2009

Articles simi­laires:

Répondre:

Nom (obligatoire, SVP évitez les pseudos):
E-mail (non publié) (obligatoire):
Site web:
Commentaire (obligatoire):
XHTML: Vous avez le droit d'utiliser ces tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>