Culture, Médias

Libération: Sefyu fait école

13 juin, 2008 à 17:16 | Posté par

[NDLR : Voici un extrait de Libé­ra­tion sur le rap­peur aul­nay­sien Sefyu.]

Hip-hop. Concert ce soir au Bata­clan du rap­peur mas­cotte des ado­les­cents.

Dans le métro pari­sien, des ados chantent en chœur le refrain de Molo­tov 4 sur leur télé­phone por­table : «Se, se, Sefyu hé, hé Acid
Ça ne veut pas dire grand-chose, c’est le nom de leur rap­peur pré­féré,
Sefyu, soit Yus­sef en ver­lan mais la ryth­mique sou­te­nue est effi­cace.
Ce «grand frère», comme dirait la ministre de la Jus­tice, a encore rem­porté la mise dans le rap fran­çais avec son deuxième album, Suis-je le gar­dien de mon frère ? sorti à la mi-mai. Il est en concert ce soir à Paris.

Foot­bal­leur. Ancien foot­bal­leur pro­fes­sion­nel (Red Star de
Saint-Ouen, puis à l’essai à Arse­nal), ani­ma­teur de la ville
d’Aulnay-sous-Bois
, Sefyu a réussi à cap­ter l’attention des gamins
férus de nou­velles tech­no­lo­gies, de télé­char­ge­ment illé­gal, auprès de
qui il tente de faire pas­ser des mes­sages plus civiques : expli­quer la
res­pon­sa­bi­lité vis-à-vis des plus jeunes, les racines du racisme
inter­com­mu­nau­taire et le com­battre, les dif­fi­cul­tés des parents : «Je connais la réa­lité du ter­rain, la vio­lence des mecs en cité, expli­quait Sefyu quelques jours avant le début de sa tour­née. Pour
bous­cu­ler les plus jeunes, j’ai besoin de leur ren­trer dedans. Je sais
com­ment les accro­cher pour faire pas­ser mes mes­sages. Un peu de
viru­lence bien pla­cée aide aussi, par­fois.»

Il décline ses idées à par­tir d’une ques­tion, d’une affir­ma­tion ou
d’un cli­ché, sur des pro­duc­tions musi­cales char­gées en coups de feu et
autres sons d’armureries : «J’aime bien jouer avec les peurs des autres, avoue-t-il. Je
suis aussi un artiste et je dois savoir don­ner une forme dif­fé­rente à
des aspects de la réa­lité, les tri­tu­rer. Un peintre change sou­vent les
cou­leurs, les formes d’un pay­sage, moi je fais pareil.»

Sefyu soigne aussi son look. Il se déplace avec une mal­lette pleine
de cas­quettes et n’hésite pas à employer une maquilleuse pour ses
séances pho­tos, quelques retouches de poudre sur le visage du rap­peur :
«Je suis très poin­tilleux sur l’image, jus­ti­fie Sefyu. Ce n’est pas parce que je suis hard­core que je dois don­ner l’impression de dor­mir dans la rue.»

Un soin visuel qui a attiré l’œil d’un mau­vais gar­çon de Bris­tol. «Tri­cky a vu mes clips sur le Net, la Vie qui va avec, En noir et blanc, raconte le rap­peur fran­çais.
Il a aimé ma voix, et quand il est venu à Paris en jan­vier der­nier, il
a demandé à me ren­con­trer. Il tour­nait un clip à Aul­nay, et les gens
lui ont mon­tré où j’habitais. On doit enre­gis­trer un titre ensemble
dans quelques semaines.»

Ani­ma­teur. L’Angleterre, Sefyu connaît, il y a joué en club
avant de devoir aban­don­ner sa car­rière de foot­bal­leur à cause d’une
bles­sure. De retour dans sa ban­lieue, il s’est consa­cré au tra­vail
d’animateur de quar­tier, d’où son obses­sion dans l’album à vou­loir
pro­té­ger les ado­les­cents, lui qui a trois petits frères : «A chaque
fois que je dis­cute avec eux, je suis tou­jours très clair sur les
erreurs que j’ai pu com­mettre, ce que j’en ai retenu et où elles m’ont
mené. Pour vous don­ner un exemple, les bagarres de quar­tier sont un
véri­table fléau à l’époque de l’adolescence. Je me suis mis dans des
situa­tions comme celles-là, des règle­ments de comptes idiots où on se
retrouve à taper un autre jeune à quatre ou cinq. J’ai perdu un ami
ainsi, à 16 ans, vic­time d’un lyn­chage. Je leur dis à mes frères : « Ne
vous aven­tu­rez pas dans ces histoires-là, ça peut très mal se ter­mi­ner,
ce n’est pas un jeu. » J’ai beau­coup insisté là-dessus, comme sur
l’école.»

STÉPHANIE BINET — Libé­ra­tion  — ven­dredi 13 juin 2008

SEFYU Le Bata­clan, 50, bd Vol­taire,  75011. Ce soir, 19 h 30. CD : Suis-je le gar­dien de mon frère ? (G8/Because).

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