Culture

Le Parisien: Quatre ans d’immersion dans le collège des Mille-Mille

1 septembre, 2008 à 9:26 | Posté par Hervé Suaudeau

Voici des extraits du Pari­sien du 01/09/08 qui parle d’un livre édité en novembre 2007:

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Aulnay-sous-Bois : Quatre ans d’immersion dans le col­lège des Mille-Mille

«VOUS êtes une caillera, mon­sieur ! » Sébas­tien Pey­rat ne peut
s’empêcher de rire quand il relate cette réflexion lan­cée à son égard
par deux col­lé­giennes. Certes, il n’est pas rare de le voir « tenir le
mur » dans les halls au milieu de jeunes de la cité des Mille-Mille à
Aulnay-sous-Bois « par­fois jusqu’à 2 heures du matin ». Et si l’homme
en che­mi­sette maî­trise aussi le « par­ler des cités », c’est parce qu’il
est cher­cheur, spé­cia­liste des ques­tions concer­nant les jeunes de
ban­lieue.

Sa
der­nière enquête a jus­te­ment porté sur les col­lèges de cités
dif­fi­ciles. C’est à Aulnay-sous-Bois, au col­lège Debussy, que Sébas­tien
Pey­rat a fait une longue immer­sion de quatre années. Là, il ren­con­tra
Boris Ozbolt, jeune prof de maths fraî­che­ment nommé, avec qui il
cosigne aujourd’hui un ouvrage, « la Guerre des normes, enquête au
coeur des col­lèges de cités dif­fi­ciles

Mis à l’épreuve par un groupe d’ados
Pas simple pour un cher­cheur de se fondre dans le milieu ensei­gnant
comme dans un groupe de jeunes de cité aux Mille-Mille. « Cela m’a pris
deux ans pour être inté­gré au sein des profs. Il a fallu sur­mon­ter la
crainte qu’ils pou­vaient avoir d’être jugés dans leur tra­vail. J’ai
fina­le­ment pu assis­ter à de nom­breux cours et obser­ver le com­por­te­ment
des jeunes », explique Sébas­tien Pey­rat. Deux ans aussi, c’est le temps
néces­saire pour être adopté par les ados en ques­tion. Ce n’est qu’après
avoir été mis à l’épreuve que le cher­cheur a été inté­gré au groupe. «
Alors que je les accom­pa­gnais à Pari­nor, cer­tains d’entre eux ont volé
dans un maga­sin et se sont fait pin­cer par les vigiles », relate
Sébas­tien Pey­rat, qui a alors pro­posé de payer les articles volés pour
arran­ger l’affaire. « Après cet épisode, ils m’ont parlé sans rete­nue
», sourit-il. Petits ou gros tra­fics au pied des barres, agres­sions
par­fois, il a été immergé dans le quo­ti­dien de cette bande « aux
pra­tiques pas tou­jours recom­man­dables », reconnaît-il. Ce sont ces
mêmes jeunes qu’il retrou­vait en cours, « des bons élèves par­fois mais
qui conti­nuent d’obéir aux normes de la cité », constate-t-il.
Du fond de la classe, il a observé « les stra­té­gies mises en place par
les ensei­gnants pour tenir le coup » face à celles d’élèves qui
cherchent à « les désta­bi­li­ser ». Son ana­lyse ? Les adultes de
l’établissement repré­sentent pour ces ados une société fran­çaise
injuste, face à laquelle ils tentent d’imposer les règles de la cité,
par­fois avec suc­cès. « On voit des profs négo­cier les notes ou les
puni­tions avec les élèves », assure le cher­cheur.
Pour Sébas­tien Pey­rat, « les pro­fes­seurs n’ont sou­vent aucune idée de
la spé­ci­fi­cité socio­lo­gique de ces jeunes aux­quels ils doivent
ensei­gner ».
»*.

*Publié chez L’Harmattan, 18,50 €.

Mar­jo­rie Cor­cier - Le Pari­sien |
01.09.2008, 07h00

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