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20 minutes: Dossier sur l’amiante à Aulnay

6 novembre, 2007 à 17:32 | Posté par Hervé Suaudeau

20minutescmmp
Dans le gra­tuit « 20 minutes » d’aujourd’hui pas moins de trois articles sont consa­crés à la pol­lu­tion à l’amiante dans notre com­mune:

Je ne sau­rais que trop vous inci­ter à lire l’intégralité des articles et notam­ment le témoi­gnage  poi­gnant de Nicole Voide et les ater­moie­ments sur­réa­listes de Joëlle Briot, PDG du groupe CMMP.

Hervé Suau­deau


Res­pon­sa­bi­li­tés et désa­mian­tage tou­jours en débat

Le cas de l’usine d’amiante d’Aulnay est loin d’être réglé.
L’activité de broyage d’amiante a cessé en 1975 et les ate­liers ont
défi­ni­ti­ve­ment fermé leurs portes en 1991. Mais l’usine est tou­jours en
place, au milieu des habi­ta­tions, et se dégrade à vue d’oeil. Depuis,
le CMMP a revendu les lieux à un pro­mo­teur immo­bi­lier qui espé­rait y
construire onze mai­sons. Mais son chan­tier est blo­qué tant que les
dif­fé­rents acteurs ne s’accordent pas sur le pro­cédé à mettre en place
pour démo­lir ces bâti­ments, tou­jours impré­gnés d’amiante, et dont la
toi­ture, consti­tuée égale­ment de ce maté­riau, s’effrite. Les rive­rains
attendent aussi un pro­cès, dont l’instruction est en cours, pour
obte­nir la recon­nais­sance du pré­ju­dice subi.

La bataille juri­dique s’annonce ardue car le CMMP estime que sa
res­pon­sa­bi­lité dans la conta­mi­na­tion des rive­rains n’est pas démon­trée,
mal­gré l’étude de l’Institut de veille sani­taire. L’entreprise,
tou­jours déte­nue par la même famille, se posi­tionne avant tout en
vic­time. « Je ne com­prends pas pour­quoi on s’en prend à une petite
entre­prise fami­liale de vingt-sept per­sonnes », se lamente Joëlle
Briot, sa PDG, avant de mettre en doute la qua­lité de l’étude de
l’InVS. « J’émets beau­coup de réserves sur cette enquête
épidé­mio­lo­gique. La méthode de l’InVS est incom­plète, car elle a juste
consisté à deman­der aux gens s’ils avaient habité à côté de notre
usine. Ce n’est pas cor­rect, pas éthique par rap­port à nous »,
estime-t-elle. Elle assure qu’elle est « prête à défendre cette
posi­tion devant un juge ». Un déni qui fait sou­rire le pro­fes­seur
Mar­cel Gold­berg, épidé­mio­lo­giste à l’Inserm, auteur du ques­tion­naire
d’Aulnay. « Les résul­tats de cette étude sont indis­cu­tables : il y a eu
des cas de can­cers du simple fait d’habiter à proxi­mité de cette usine.
Le ques­tion­naire était très détaillé, nous avons recher­ché toutes les
sources pos­sibles de conta­mi­na­tion durant la vie des vic­times. »

Les dif­fé­rents acteurs dans ce dos­sier, de l’Etat aux rive­rains
en pas­sant par le CMMP, n’arrivent pas non plus à s’entendre sur le
pro­cédé à mettre en oeuvre pour démo­lir l’usine amian­tée. Le minis­tère
du Tra­vail et les rive­rains pré­fé­re­raient un confi­ne­ment du chan­tier,
sous enve­loppe her­mé­tique, quand le CMMP et le minis­tère de
l’Environnement pré­co­nisent un désa­mian­tage « par dépres­sion »,
c’est-à-dire par aspi­ra­tion des pous­sières à l’intérieur de l’usine. «
For­cé­ment, c’est moins cher ! », enragent les rive­rains. « Ce n’est pas
un pro­blème d’argent. Mais dans une ville comme Aul­nay, cela
m’étonnerait que per­sonne ne vienne décou­per l’enveloppe her­mé­tique
pour aller voler des outils », rétorque Joëlle Briot. Elle craint aussi
que « sous une enve­loppe, il fasse trop chaud pour les ouvriers. Je ne
veux pas qu’ils tra­vaillent dans ces condi­tions »…

Magali Gruet — 20 minutes


L’amiante conta­mi­nait au-delà de l’usine

Les vic­times et leurs familles ont rem­porté une vic­toire. Mais leur
com­bat n’est pas fini. Fin octobre, l’Institut de veille sani­taire
(InVS) a rendu publique une étude qui prouve pour la pre­mière fois en
France qu’il n’est nul besoin de tra­vailler dans une usine d’amiante
pour être conta­miné : vivre à proxi­mité suf­fit.

L’Institut s’est pen­ché sur le cas du Comp­toir des miné­raux et des
matières pre­mières (CMMP) d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) — qui
a broyé de l’amiante de 1938 à 1975, puis a fermé en 1991 -, et a
iden­ti­fié onze cas de plaques pleu­rales ou de can­cers de la plèvre chez
des habi­tants de la com­mune, liés à l’activité de l’entreprise. Les
malades ne tra­vaillaient pas pour le CMMP mais logeaient à des dizaines
de mètres des ate­liers. Devant ces résul­tats alar­mants, le minis­tère de
la Santé a mis en place un numéro vert* pour per­mettre aux vic­times,
qui auraient habité le sec­teur durant cette période, de se signa­ler.

20Minutes a ren­con­tré ces habi­tants qui réclament un pro­gramme
d’ampleur natio­nale pour iden­ti­fier les vic­times de l’amiante et
déter­mi­ner leur source de conta­mi­na­tion. Nombre d’entre eux attendent
aussi que leur plainte contre le CMMP — qui existe tou­jours -
abou­tisse. «Je ne veux pas de dédom­ma­ge­ment, ça ne me ramè­nera pas mon
frère», raconte Nicole Voide, dont le frère est décédé en 1995 (lire
ci-contre). «Mais je veux que cette entre­prise soit recon­nue
publi­que­ment comme res­pon­sable.» Un bras de fer est engagé entre le
CMMP, les rive­rains et l’Etat, pour défi­nir avec quelle tech­nique ces
ate­liers, tou­jours impré­gnés d’amiante, seront démo­lis.

Magali Gruet — 20 minutes

« Mon frère avait les pou­mons tout blancs, bour­rés d’amiante »

Douze ans après la dis­pa­ri­tion de son frère, Nicole Voide a encore
la voix qui tremble en évoquant ses der­niers mois. « Depuis des années,
son doc­teur lui disait qu’il fai­sait une bron­chite chro­nique, et il
était sous trai­te­ment anti­bio­tique. Un jour, il a fait une crise, il
étouf­fait. Il est allé aux urgences et on lui a fait une radio : il
avait les pou­mons tout blancs. « Ils sont bour­rés d’amiante », nous a dit
le pneu­mo­logue. Il est parti seize mois plus tard », souffle Nicole en
ser­rant le por­trait de Pierre sur ses genoux.

Son frère avait 49 ans lorsqu’il a suc­combé d’un can­cer de la
plèvre en 1995, une mala­die direc­te­ment liée à l’exposition à
l’amiante. Il n’avait pour­tant jamais tra­vaillé dans l’usine de broyage
du Comp­toir des miné­raux et des matières pre­mières, mais habi­tait à des
dizaines de mètres des ate­liers. Il a été reconnu comme vic­time
envi­ron­ne­men­tale par l’Institut de veille sani­taire. « C’est la
pre­mière fois en France que l’on recon­naît que le simple fait d’avoir
vécu à côté d’une usine d’amiante engendre des mala­dies », assène
Gérard Voide, le mari de Nicole, qui plaide pour que l’Etat recherche
acti­ve­ment les per­sonnes qui ont habité à proxi­mité de l’usine.

Cinq asso­cia­tions se battent pour faire avan­cer ce dos­sier, et
elles ont déjà recensé « soixante-dix cas de can­cers et de plaques
pleu­rales » poten­tiel­le­ment liés à l’activité du CMMP
d’Aulnay-sous-Bois. Et le bilan est cer­tai­ne­ment beau­coup plus lourd,
car « il y avait beau­coup d’ouvriers d’Afrique du Nord qui
tra­vaillaient et habi­taient ici. Depuis, ils sont retour­nés au pays et
on a perdu leur trace. »

Conta­mi­nés en famille

Il y a aussi ceux qui res­tent. Comme Daniel Morize, 63 ans, qui
a perdu ses deux parents, une soeur et un frère à cause de l’amiante.
Ils habi­taient à quelques dizaines de mètres de l’usine. Son père y a
tra­vaillé dix ans, Daniel quatre, de 14 à 18 ans, et il se sou­vient des
condi­tions sani­taires dans les ate­liers. « Notre père nous fai­sait
sau­ter sur ses genoux le soir en ren­trant, avec son bleu de tra­vail
chargé d’amiante », car les uni­formes n’étaient pas lavés sur place. Il
se rap­pelle du « brouillard de fibres en sus­pen­sion dans la jour­née. On
ne voyait pas à deux mètres. » Il n’avait « pas de pro­tec­tion pour
char­ger les blocs d’amiante dans les camions », mais ne veut pas croire
que l’entreprise igno­rait les risques. « Tous les jours, l’usine nous
don­nait du lait à boire, car c’était consi­déré comme un anti­poi­son à
l’époque », soupire-t-il. Peu à peu, ses col­lègues sont tom­bés malades.
La méde­cine du tra­vail n’a pas réagi. « Quand on savait qu’il allait y
avoir une ins­pec­tion, la direc­tion nous fai­sait tout net­toyer, c’était
clean. » Mais dans le cime­tière mitoyen — macabre coïn­ci­dence -, « les
tombes étaient recou­vertes de pous­sière blanche ».

Une école pri­maire atte­nante

Les habi­tants et les tra­vailleurs ne sont pas les seuls à avoir
été expo­sés. Une école jouxte l’usine, et elle a seule­ment été
trans­fé­rée il y a un an par la muni­ci­pa­lité, « par mesure de pré­cau­tion
». Au fond de la cour de récréa­tion, c’est le mur de l’atelier
d’amiante qui ser­vait de sépa­ra­tion, cri­blé de trous et de fis­sures, à
quelques cen­ti­mètres des enfants. Et la toi­ture de l’usine, construite
à base d’amiante, s’effritait au-dessus de leurs têtes. Cathe­rine
Lerat, qui a monté un col­lec­tif de parents d’élèves, enrage. « Lorsque
j’ai mis ma fille en 2001 dans cette mater­nelle, j’ai demandé ce que
cachait ce mur. On m’a répondu : « C’est l’usine d’amiante. » J’ai
dénoncé la situa­tion en conseil d’école. Les parents ont alors
décou­vert le pot aux roses. La direc­tion m’a trai­tée de tous les noms.
J’étais hys­té­rique, selon eux. » Aujourd’hui, elle appelle à une
recherche active de tous les enfants qui sont pas­sés dans cette école
depuis 1938. « Je trou­ve­rais nor­mal que les mômes sco­la­ri­sés pen­dant la
période de broyage d’amiante puissent être infor­més de leurs droits,
qu’ils aient des soins et des exa­mens gra­tuits. »

  Magali Gruet — 20 minutes

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