Amiante, Environnement, Santé

Le Figaro: « Les victimes de l’amiante défilent à Paris »

16 octobre, 2005 à 14:02 | Posté par
Voici un article du Figaro sur la mani­fes­ta­tion des vic­times de l’amiante qui a eu lieu hier après-midi.
SANTÉ PUBLIQUE Les plaintes se mul­ti­plient, le coût des indem­ni­sa­tions explose, 3 000 décès sont à déplo­rer chaque année. Aujourd’hui, pour la pre­mière fois, les familles de vic­times mani­festent à Paris.

M.-C. T.
[15 octobre 2005]

Les «veuves» débarquent à Paris. Cet après-midi, les épouses des vic­times de l’amiante seront en tête du cor­tège qui défile entre la rue de la Pépi­nière, ancienne adresse des indus­triels du sec­teur, et la rue de la Paix, à quelques mètres du minis­tère de la Jus­tice. Cette mani­fes­ta­tion est orga­ni­sée par l’Association natio­nale de défense des vic­times de l’amiante (Andeva) pour récla­mer des moyens afin d’instruire les plaintes pénales qui pleuvent depuis quelques mois sur le pôle judi­ciaire de santé publique à Paris. L’Andeva attend entre 3 000 et 4 000 per­sonnes. Le syn­di­cat CFDT devrait se joindre au cor­tège. La CGT défile quelques heures plus tôt en solo.

Vingt-sept dos­siers sont actuel­le­ment sur le bureau du par­quet. Trois affaires – la faculté de Jus­sieu, la RATP et une école d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) construite sur un ter­rain pol­lué – avaient déjà été ouvertes à Paris. Sept pro­cé­dures, enga­gées à l’origine en pro­vince, viennent d’être redis­tri­buées aux juges du pôle pari­sien, ren­forcé par l’arrivée d’un qua­trième magis­trat ins­truc­teur. Quinze plaintes sont encore en enquête pré­li­mi­naire.

Iso­lant remar­quable, pro­tec­tion contre le feu effi­cace, l’amiante a été mas­si­ve­ment uti­lisé dans l’industrie et le bâti­ment pen­dant plu­sieurs décen­nies avant d’être com­plè­te­ment inter­dit en 1996. Aujourd’hui, la fac­ture humaine est lourde. Les sala­riés expo­sés aux pous­sières d’amiante vivent avec une épée de Damo­clès au-dessus de la tête. Vingt-cinq ans et même qua­rante ans après avoir tra­vaillé au contact de l’amiante, cer­tains révèlent des mala­dies plus ou moins graves allant des asbes­toses et des plaques pleu­rales jusqu’à des can­cers comme le méso­thé­liome.

Chaque année, plus de 3 000 per­sonnes décèdent d’un can­cer de l’amiante. D’ici à 2030, entre 50 000 et 100 000 morts sont pré­vi­sibles, selon les experts. Les mala­dies de l’amiante étaient pour­tant connues. Elles étaient même ins­crites au tableau des mala­dies pro­fes­sion­nelles depuis le début du siècle der­nier. «Pour­quoi les indus­triels, les ser­vices de veille sani­taire, la méde­cine du tra­vail, les ser­vices de l’Etat n’ont-ils rien fait ?», ques­tionne l’un des res­pon­sables de l’Andeva, Michel Pari­got. Les pre­miers mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion sont nés sur le cam­pus pari­sien de Jus­sieu dans les années 70. En 1996, le comité anti­amiante de la faculté a déposé la pre­mière plainte pénale. Pro­gres­si­ve­ment, la colère a gagné les usines.

Ces dix der­nières années, les vic­times de l’amiante se sont concen­trées sur la bataille de l’indemnisation. Elle est en par­tie gagnée. Plus de 3 000 condam­na­tions pour fautes inex­cu­sables ont été pro­non­cées par les tri­bu­naux des affaires de Sécu­rité sociale et les cours d’appel contre les employeurs dont les sala­riés ont été expo­sés à l’amiante. Un fonds public d’indemnisation a égale­ment été créé pour les per­sonnes ne pou­vant sai­sir ces tri­bu­naux, à l’instar des fonc­tion­naires.

En revanche, la plu­part des pro­cé­dures pénales sont au point mort. A tel point que les vic­times ont décidé de remon­ter au front. Sous la pres­sion, au prin­temps der­nier, Domi­nique Per­ben, alors à la Jus­tice, avait envoyé une cir­cu­laire pour que les plaintes soient sys­té­ma­ti­que­ment trai­tées à Paris par des spé­cia­listes. «Pour l’amiante, aucun des ver­rous mis en place pour assu­rer la sécu­rité sani­taire n’a fonc­tionné. Si l’on veut éviter une “réci­dive” dans un autre domaine de santé publique, il faut que la jus­tice s’emploie à recher­cher toutes les res­pon­sa­bi­li­tés, même indi­rectes», ana­lyse Me Michel Ledoux, l’un des avo­cats spé­cia­li­sés sur la ques­tion. L’actuel garde des Sceaux, Pas­cal Clé­ment, s’apprête à rece­voir dans les pro­chains jours les repré­sen­tants de l’Andeva.

Pour­quoi les vic­times de l’amiante font-elles peur à la jus­tice ? Jusqu’à pré­sent, les tri­bu­naux n’ont jamais été confron­tés à pareille affaire de santé publique. L’emblématique dos­sier du sang conta­miné a concerné envi­ron 4 000 per­sonnes. Dans le cas de l’amiante, chaque année, plus de 3 000 per­sonnes demandent une indem­ni­sa­tion. Les vic­times s’appuient sur une asso­cia­tion puis­sante et struc­tu­rée, l’Association natio­nale de défense des vic­times de l’amiante (Andeva), pilo­tée notam­ment par des uni­ver­si­taires de Jus­sieu, et qui compte quelque 15 000 membres. Un record. L’association a su se rendre incon­tour­nable en aidant les vic­times dans leurs démarches d’indemnisation. Les avo­cats traitent plu­sieurs mil­liers de pro­cé­dures par an. «De 1996 à 1999, nous avons tra­vaillé sans empo­cher le moindre résul­tat, raconte Me Jean-Paul Teis­son­nière, nos cabi­nets étaient au bord du dépôt de bilan.»

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